Google conçoit-il le marketing de demain ?
Passer d'une méthode empirique à une démarche prouvée est un pas supplémentaire vers la modification du métier de marketing. Il y aquelques années les conseils médias avaient déjà commencé à convaincre de l'utilité d'une démarche mathématique dans l'analyse des retombées des investissements. C'est une avancée supplémentaire que suggère les moteurs de recherche.
Pendant longtemps il était convenu que répondre à l'attente du consommateur en l'étudiant sous toutes les coutures était l'alpha et l'omega d'un marketing avancé. Est-ce toujours le cas si les équations mathématiques permettent de mieux comprendre les attentes et les attitudes des consommateurs que les réunions de groupe ?
Les entreprises devront-elles modifier leurs méthodes d'analyse et de suivi de leurs politiques marketing. C'est l'opinion avancée par Peter Kim consultant chez Forrester qui évoque rien de moins que "la réinvention de l'organisation du marketing" autour de quatre points.
La première obligation est la redéfinition des critéres d'analyse et notamment les comptes d'exploitation utilisés pour comprendre l'efficacité des actions marketing engagées.
La seconde voie est la redéfinition des méthodes de communication et notamment la fascination toujours exercée par la publicité télévisuelle.
La troisième recommandation des équipes de Forrester est de pousser l'investissement dans une relation approfondie avec les consommateurs.
La dernière recommandation est lourde d'impacts futurs pour une profession en pleine transformation : la publicité. Forrester recommande à ses clients de reconsidérer leurs relations avec leurs agences de publicité.
Google annonce déjà une démarche innovante pour permettre une relation directe avec les annonceurs. Simultanément le premier groupe publicitaire mondial, WWP, reconnaît être le troisième client de Google. Martin Sorrell le Chairman de WPP annonce d'ailleurs qu'internet représentera 30% des investissements publicitaires en 2016. Nous pensons que le rythme de progression plus rapide devrait permettre d'atteindre ce palier plus rapidement en intégrant tous les médias interactifs tels le téléphone mobile.
Ces changements majeurs révélés tant par les publicitaires eux-mêmes que par les technophiles donnent un relief particulier à l'annonce récente de 22 marques françaises de communiquer ensemble sur les vertus de leurs marques par rapport aux marques distributeurs et premier prix.
Regroupées sur le site commun www.les-marques-et-vous.com
il est frappant de constater que ces marques ne parlent que d'elles alors que l'interactivité devrait commander.
A la même période dans un numéro spécial du Wall Street Journal du 10 juillet 2006, www.wsj.com, le "Global Marketing Chief" de Procter & Gamble, toujours le premier annonceur au monde confirmait pourtant que sa firme s'ouvrait de plus en plus :
1. à l'expérimentation et à l'échange avec les consommateurs
2. à un suivi quantitatif plus précis des retombées des investissements.
Finalement le premier annonceur mondial et la première réussite financière de ses dernières années, Google, sont tombées d'accord : les techniques marketing deviennent différentes et "the old days will never come back". Les marques ne sont pas mortes mais condamnées à renouveler la qualité de leur relation avec le consommateur en comptant moins sur l'image et plus sur la réalité effectivement perçue par le consommateur, du produit ou du service. Contrairement à ce qu'affirmait un publicitaire en vogue dans un livre paru en novembre 2005, Kevin Roberts, PDG de Saatchi & Saatchi les marques ne doivent pas être aimées pour ce qu'elles prétendent mais être respectées pour ce qu'elles apportent.
Les dépenses de communication et de promotion ont atteint des sommets (+ de 25% du CA) dans certaines entreprises de grande consommation pour un résultat atone. La réponse tient en partie à leur inadéquation à cause d'une incapacité à jauger les résultats effectifs des investissements réalisés. Il est à parier qu'effectivement le marketing et la communication emploieront de manière croissante les outils scientifiques disponibles et les moteurs de recherche sont logiquement en avance en la matière. C'est d'eux que proviendront peut-être ces nouveaux outils d'analyse puisqu'ils comptent les meilleurs mathématiciens.
Cette hypothèse donne alors tout son sens au projet de moteur de recherche européen, Quaero. Non pas tant pour sa réussite effective sinon pour la diffusion de nouvelles techniques d'analyse et de compréhension du consommateur.
L'utilisation croissante de démarches scientifiques et notamment mathématiques dans le champ de la consommation permettra de rapprocher consommateur et entreprises en validant le contenu des produits et des marques plutôt que leur seule illusion.
Cela peut-être une avancée pour les consommateurs à laquelle les responsables marketing risquent de s'opposer par crainte d'une perte de pouvoir si leur nouvelle fonction d'accompagnement et de facilitation n'est pas dés à présent pensée et intégrée par les entreprises.
Google n'aura pas été seulement un nouveau moteur de recherche mais bien l'annonciateur d'un nouveau mode de gestion des entreprises comme le laissent entendre des auteurs récents. En anglais, The Search par John Batelle (ma note du 16 juin) et en français le livre à venir de Bernard Girard qui a déjà son vidéo-blog sur google.
Thierry Maillet est Consultant Marketing, chroniqueur au Nouvel Economiste et enseignant
Rendez-vous: Thierry Maillet publiera un ouvrage intitulé "La génération Participation : de la société de la consommation à la société de la participation" aux Editions MM2
