CyberPouvoirs

Lieu de débat et d'échange sur l'évolution des nouvelles technologies et leur impact sur la société, CyberPouvoirs© accueille chaque semaine l'avis d'un expert ou d'un acteur engagé: politique, économie, recherche, emploi, consommation... Revue de réflexion fondée sur le principe des communautés en ligne, CyberPouvoirs (en version bêta) est éditée par l'agence d'information Tech&Co.

Sunday, August 27, 2006

Google conçoit-il le marketing de demain ?

Le recours croissant aux mathématiques les plus avancées comme outil d'aide à la décision atteint de plein fouet la démarche traditionnelle du marketing fondée sur le seul constat issu des études de marché.

Passer d'une méthode empirique à une démarche prouvée est un pas supplémentaire vers la modification du métier de marketing. Il y aquelques années les conseils médias avaient déjà commencé à convaincre de l'utilité d'une démarche mathématique dans l'analyse des retombées des investissements. C'est une avancée supplémentaire que suggère les moteurs de recherche.
Pendant longtemps il était convenu que répondre à l'attente du consommateur en l'étudiant sous toutes les coutures était l'alpha et l'omega d'un marketing avancé. Est-ce toujours le cas si les équations mathématiques permettent de mieux comprendre les attentes et les attitudes des consommateurs que les réunions de groupe ?
Les entreprises devront-elles modifier leurs méthodes d'analyse et de suivi de leurs politiques marketing. C'est l'opinion avancée par Peter Kim consultant chez Forrester qui évoque rien de moins que "la réinvention de l'organisation du marketing" autour de quatre points.

La première obligation est la redéfinition des critéres d'analyse et notamment les comptes d'exploitation utilisés pour comprendre l'efficacité des actions marketing engagées.

La seconde voie est la redéfinition des méthodes de communication et notamment la fascination toujours exercée par la publicité télévisuelle.

La troisième recommandation des équipes de Forrester est de pousser l'investissement dans une relation approfondie avec les consommateurs.

La dernière recommandation est lourde d'impacts futurs pour une profession en pleine transformation : la publicité. Forrester recommande à ses clients de reconsidérer leurs relations avec leurs agences de publicité.

Google annonce déjà une démarche innovante pour permettre une relation directe avec les annonceurs. Simultanément le premier groupe publicitaire mondial, WWP, reconnaît être le troisième client de Google. Martin Sorrell le Chairman de WPP annonce d'ailleurs qu'internet représentera 30% des investissements publicitaires en 2016. Nous pensons que le rythme de progression plus rapide devrait permettre d'atteindre ce palier plus rapidement en intégrant tous les médias interactifs tels le téléphone mobile.

Ces changements majeurs révélés tant par les publicitaires eux-mêmes que par les technophiles donnent un relief particulier à l'annonce récente de 22 marques françaises de communiquer ensemble sur les vertus de leurs marques par rapport aux marques distributeurs et premier prix.
Regroupées sur le site commun www.les-marques-et-vous.com
il est frappant de constater que ces marques ne parlent que d'elles alors que l'interactivité devrait commander.
A la même période dans un numéro spécial du Wall Street Journal du 10 juillet 2006, www.wsj.com, le "Global Marketing Chief" de Procter & Gamble, toujours le premier annonceur au monde confirmait pourtant que sa firme s'ouvrait de plus en plus :
1. à l'expérimentation et à l'échange avec les consommateurs
2. à un suivi quantitatif plus précis des retombées des investissements.
Finalement le premier annonceur mondial et la première réussite financière de ses dernières années, Google, sont tombées d'accord : les techniques marketing deviennent différentes et "the old days will never come back". Les marques ne sont pas mortes mais condamnées à renouveler la qualité de leur relation avec le consommateur en comptant moins sur l'image et plus sur la réalité effectivement perçue par le consommateur, du produit ou du service. Contrairement à ce qu'affirmait un publicitaire en vogue dans un livre paru en novembre 2005, Kevin Roberts, PDG de Saatchi & Saatchi les marques ne doivent pas être aimées pour ce qu'elles prétendent mais être respectées pour ce qu'elles apportent.


Les dépenses de communication et de promotion ont atteint des sommets (+ de 25% du CA) dans certaines entreprises de grande consommation pour un résultat atone. La réponse tient en partie à leur inadéquation à cause d'une incapacité à jauger les résultats effectifs des investissements réalisés. Il est à parier qu'effectivement le marketing et la communication emploieront de manière croissante les outils scientifiques disponibles et les moteurs de recherche sont logiquement en avance en la matière. C'est d'eux que proviendront peut-être ces nouveaux outils d'analyse puisqu'ils comptent les meilleurs mathématiciens.

Cette hypothèse donne alors tout son sens au projet de moteur de recherche européen, Quaero. Non pas tant pour sa réussite effective sinon pour la diffusion de nouvelles techniques d'analyse et de compréhension du consommateur.

L'utilisation croissante de démarches scientifiques et notamment mathématiques dans le champ de la consommation permettra de rapprocher consommateur et entreprises en validant le contenu des produits et des marques plutôt que leur seule illusion.

Cela peut-être une avancée pour les consommateurs à laquelle les responsables marketing risquent de s'opposer par crainte d'une perte de pouvoir si leur nouvelle fonction d'accompagnement et de facilitation n'est pas dés à présent pensée et intégrée par les entreprises.

Google n'aura pas été seulement un nouveau moteur de recherche mais bien l'annonciateur d'un nouveau mode de gestion des entreprises comme le laissent entendre des auteurs récents. En anglais, The Search par John Batelle (ma note du 16 juin) et en français le livre à venir de Bernard Girard qui a déjà son vidéo-blog sur google.

Thierry Maillet est Consultant Marketing, chroniqueur au Nouvel Economiste et enseignant
Rendez-vous: Thierry Maillet publiera un ouvrage intitulé "La génération Participation : de la société de la consommation à la société de la participation" aux Editions MM2

L'E-mail, activisme des paresseux...

Lorsqu'il se produit un événement tragique ou à même de restreindre les libertés, il est courant de recevoir par voie d'E-mail un appel à "signer" une pétition électronique. Leurs initiateurs sont souvent animés de bons sentiments et pensent sincèrement qu'ils font là œuvre utile. Pourtant, il s'agit probablement de la forme d'action la moins efficace qui soit.
Une pétition par E-mail pêche par de nombreux aspects mais le premier est l'absence de réelle possibilité pour le destinataire d'en mesurer l'importance. La raison est simple. Posons qu'un dénommé Jo Bingo adresse un E-mail à ses 30 meilleurs amis. Il se place naturellement en tête de liste. Les 30 individus en questions renvoient à leur tour ce message à 50 autres personnes. A présent, le nom de l'originateur se retrouve déjà sur 150 pétitions. L'effet se multiplie ensuite de manière géométrique. Sur l'une des chaînes, allons trouver par exemple Jo Bingo suivie de Juliette Mansart puis de Paul Gaspi et ainsi de suite... Les mêmes noms en en-tête, dupliqués sur des centaines et centaines de listes. Au final, une telle pétition n'a donc aucune valeur (ne prenons même pas en compte ici le fait qu'il est possible à n'importe quelle personne d'ajouter une dizaine de noms bidons dans une liste).
Deuxième souci pour ces pétitions par E-mail, c'est qu'il faut bien qu'un jour tout de même, le message puisse arriver au destinataire prévu au départ. Dans le meilleurs cas, la lettre électronique porte donc la mention suivante : "si vous êtes le 70ème de la liste, merci de renvoyer cet E-mail à Untel qui va rassembler les noms"... Mais, et c'est fort étrange, ce n'est pas toujours le cas, sans doute parce qu'à force de copier-coller, certains oublient de recopier l'intégralité du texte. Du coup, certaines pétitions circulent en "roue libre" sans que l'on sache au juste qui, à la fin, va l'expédier à son destinataire.
Imaginons qu'au final, l'intéressé reçoive l'E-mail en question. Un message frondeur, énonçant sans ambages quelque abus, et portant quelques milliers de noms... Comme à l'autre bout, nous avons des personnages éminents tel que George W. Bush, le PDG de Total ou d'une autre multinationale, il y a fort à parier que ces gens là ne lisent pas directement leur courrier - ils disposent d'un staff entier pour s'occuper du menu fretin. Il est donc possible qu'ils ne soient jamais informés de l'arrivée d'une pétition noyée parmi des centaines d'autres. Il est tellement facile de glisser un E-mail dans la corbeille !
Que l'on aille pas croire qu'il y a là un appel à baisser les bras et ne rien faire pour défendre une cause qui tiendrait au cœur de certains. Mais il faut pourtant le regarder en face : la pétition par E-mail est un acte paresseux, qui demande un effort minimal et son effet est proportionnel à cette mollesse sous-jacente.
Franchement, il est probable qu'aucune entité n'a jamais lu les pétitions qui lui étaient adressées. Ce qui a jamais pu avoir un impact, c'est le fait que l'on dépose pendant plusieurs jours de gigantesques sacs postaux à la porte d'un bâtiment officiel. Du volume, du poids, du papier ! C'est ainsi qu'un grand de ce monde pourra percevoir qu'un mouvement d'opinion. Le personnel qui aura peiné à se coltiner les sacs aura à cœur de faire remonter l'information : "Monsieur le Président, nous avons reçu des dizaines de milliers de lettres demandant que vous révisiez votre avis concernant tel projet...". L'autre solution éprouvée pour qui veut faire entendre un son de cloche consiste à descendre dans la rue et manifester quand bien même il pleuve ou il neige. C'est sûr, cela demande plus d'effort que de cliquer sur le bouton "Envoi" d'un logiciel.
Un dernier point. Les agences de renseignements doivent se réjouir de l'apparition des pétitions par E-mail. Il fut un temps où celui qui désirait savoir qui pensait quoi devait ouvrir des milliers d'enveloppes, parcourir les lettres, déchiffrer l'écriture... Aujourd'hui, la CIA et consorts pourraient dire un grand merci à ces internautes qui leurs mâchent le travail en remettant les mêmes données sous une forme immédiatement exploitable de manière informatique !

Daniel Ichbiah
Ecrivain (biographe de Bill Gates notamment)

Sunday, August 06, 2006

Accoona : moteur de recherche dopé à l'intelligence artificielle ?

Prenez un nom à consonance africaine, un programme d’intelligence artificielle, deux grands champions du monde d’échecs… et vous avez un nouveau moteur supposé faciliter la recherche d’informations sur le Web.

Le moteur de recherche Accoona, d’origine américaine, avec ses investisseurs privés russes (dont Anatoli Karpov et Garry Kasparov) et ses capitaux chinois, s’est lancé sur le sol européen il y a quelques semaines. Premier du genre à être affublé de l’extension « .eu », prévu en sept langues (allemand, italien, espagnol, portugais, hollandais, anglais et français), à partir d’une seule et même interface capable de reconnaître automatiquement la provenance des requêtes et de donner les résultats dans le langage adéquat, Accoona veut afficher sa différence par l’originalité de son offre marketing, et surtout par sa technologie appuyée sur l’intelligence artificielle.

En matière d’offre tout d’abord, Accoona propose, en plus du pay per click popularisé par Google (adwords), Yahoo (Overture) et Miva, et tout en allant plus loin que le pay per call qui commence à fleurir chez certains moteurs, un espace fondé sur le principe du « pay per lead ». Un Internaute pourra demander au moteur de lui afficher des liens de sociétés mises en concurrence pour leur offre relativement à un besoin s’étant traduit initialement par la saisie d’un mot clé, et surtout de le mettre en relation avec elles.

Sur le plan technique, et spécialement concernant l’intelligence artificielle (« IA »), qu’est-ce qui différencie Accoona de ses concurrents ? L’équipe fondatrice, qui était à Paris pour le lancement officiel avec l’ancien champion d’échecs russe Anatoli Karpov, avance ses pions. Discussion avec Steven Schwartz, CTO, et entretien exclusif accordé à Tech & Co par Anatoli Karpov.

D’abord qu’entend-on exactement par « IA » dans le contexte de la recherche sur le Net : système expert, logique floue ? Selon le CTO, Accoona est un pionnier dans l’usage de l’intelligence artificielle appliquée à la recherche d’information. Précision immédiate : l’IA se cantonne à la sémantique. « Nous favorisons le sens des mots par rapport à la valeur des mots eux même [le « poids », ndlr], ce qui rapproche davantage notre système de recherche du fonctionnement du cerveau humain » explique Steven Schwartz. « Nous avons introduit l’ensemble des mots connexes, c’est-à-dire apparentés à une expression et qui jouent un rôle essentiel dans la recherche d’information, directement dans l’écriture de l’algorithme de classement. »

Prenons par exemple la recherche « Antique car London » : dans ce cas il est évident que l’internaute pense aussi à « Antique auto London » ou « Classic car London », des mots clés différents mais tout aussi adéquats pour sa recherche. « C’est précisément ce que rend possible notre application de l’IA. Les résultats relatifs à ces mots clés apparentés à ceux tapés par l’internaute, sont affichés dès les premières pages. De tels résultats, bien que pertinents, n’apparaissent pas chez les autres moteurs de recherche. »

A vrai dire, de façon plus globale en matière de moteur de recherche « sémantique » et de tentative de mariage avec l’intelligence artificielle, ce n’est pas tout à fait une première ! Citons d’abord Xyleme, développé au début des années 2000 par des chercheurs de l’INRIA à Roquencourt, noyau d’un moteur qui n’a jamais vu le jour en tant que tel mais qui, à partir d’une base de données XML, visait à structurer le Web et s’appuyait sur les compétences en IA de l’université d’Orsay. N’oublions pas non plus Corese, moteur de recherche sémantique de l’INRIA à Sophia Antipolis.

50 développeurs depuis 2 ans

Toutefois, Accoona, lui, est bel et bien sorti des labos. Quelques détails : « nous avons mêlé synonymes, acronymes et pseudonymes ce qui paraît assez évident, mais aussi éponymes, antagonymes, hyperonymes, hyponymes et méronymes ». Explications… Un acronyme est une abréviation formée par les premières lettres de chaque mot composant une expression, comme « OTAN » pour « Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ». Un antagonyme peut prendre à a fois une signification et son contraire. Un éponyme est un mot dérivé d’un autre (« Rome » et « Romulus »). Un hyperonyme représente une catégorie regroupant d’autres sous-catégories (« animal » est hyperonyme de « cheval »). Inversement, « cheval » est hyponyme d’« animal ». Un méronyme est un mot désignant une sous-partie d’un autre : « crinière » est méronyme de « cheval ». Etc.

Bref, par rapport à Google ? Là ou le moteur de Mountain View fait (avec le succès que l’on sait) une part essentielle à la « popularité », c’est-à-dire au nombre et au poids des liens qui pointent vers un site, c’est en amont, dès l’interprétation des requêtes que Accoona introduit sa différence. L’algorithme, conçu et développé depuis 2004 par un groupe de cinquante informaticiens dans un laboratoire du New Jersey, avec l’aide des équipes de Fast Search Transfer, a fait l’objet de pas moins de 600 dépôts de brevets en 2005.

Il permet en quelque sorte au moteur de « comprendre » la signification des mots qui sont saisis, pour remonter des résultats qui viennent enrichir la recherche. « La pertinence s’en trouve améliorée. Nos bêta testeurs de par le monde nous aident en permanence à l’améliorer en nous remontant leurs remarques à partir des résultats des recherches ».

« Mais Accoona ne devient pas plus intelligent au fur et à mesure de son apprentissage, comme peut le faire un système expert qui affine sa base de règles par exemple » tempère Steven Schwartz.

Dominique Selse
Article publié sur Futura Sciences

EXCLUSIF ! Entretien avec Anatoli Karpov sur l'intelligence artificielle et les moteurs de recherche

Le multiple champion du monde d’échecs est consultant du nouveau moteur de recherhe Accoona.
Propos recueillis par Michel Fantin, Tech & Co

« Les échecs : une plate-forme naturelle pour tester l’IA »

Tech & Co :
Quelle a été votre contribution à la conception et au développement du moteur ?
Anatoli Karpov:
« Accoona, lors de sa récente présentation à Paris, a rappelé que j’ai été l’un des premiers actionnaires au lancement du projet en 2004. De plus, je participe au projet technologique en tant que testeur et collaborateur actif en soutien des équipes. Mon expérience des échecs, science où le raisonnement peut être parfaitement modélisé et en permanence affiné, est un atout précieux pour aider à traduire de façon formalisée les étapes d’un raisonnement. A ce titre, il y a des analogies entre les deux univers. J’espère que l’expertise que j’ai accumulée va dans ce sens. »


MF: Vous parlez d’intelligence artificielle. Or il n’y a ni système expert, ni réseau bayésien ni système à logique floue. Aidez-nous à y voir plus clair.
Anatoli Karpov:
« Depuis de nombreuses années, disons pendant presque tout le 20° siècle, les chercheurs en informatique ont essayé de développer des technologies capables de rivaliser avec le raisonnement humain et sa complexité. Alors, c’est vrai, on pense presque instantanément à la notion de système expert pour classer, dans une sorte de taxonomie, les termes du langage et ensuite les rapprocher du contenu le plus pertinent. Ce n’est pas ce que nous avons fait. Notre système introduit les mots connexes directement dans l’algorithme de classement, et s’inscrit plutôt dans lignée des travaux sur le Web sémantique. »

MF: Quel rapport avec les échecs ?
Anatoli Karpov:
« Les échecs procurent en quelque sorte une plate-forme naturelle pour tester les avancées de l’intelligence artificielle. Car c’est indiscutablement une discipline des plus complexes, si l’on considère le nombre de mouvements et de combinaisons envisageables. »

MF: Pour terminer, quelques mots sur le jeu d’échec que vous avez développé pour la toolbar d’Accoona. Est-ce un gadget ?
Anatoli Karpov:
« Absolument pas ! D’abord c’est un vrai jeu d’échecs, aussi performant que ceux que vous pouvez acheter dans une boutique de jeu pour PC… Nous avons joué contre le grand champion Rustam Kasimdzhanov, et nous n’avons pas été ridicules : nous avons fait match nul ! C’est un outil de fidélisation et de détente intelligent pour les utilisateurs du moteur. »

Article publié sur Futura Sciences. Pour suivre la partie Accoona vs Kasim : http://www.chessgames.com/perl/chessgame?gid=1341356

Internet et développement durable: un long chemin

Pour faire d'Internet un outil de développement durable, les Etats d'Afrique noire francophone ont choisi la voie de l'harmonisation réglementaire. Mais le chemin risque d'être long.

Si la fracture numérique est une réalité, c'est bien dans le fossé qui se creuse entre le Nord et le Sud. Comment hisser le continent africain à un niveau suffisant sur le plan des infrastructures pour que les technologies de la communication deviennent à la fois un moteur économique et un outil au service des populations ? C'est à cette question que les Etats d'Afrique noire francophone ont décidé de s'attaquer, d'une façon particulière : par le moyen du droit. "L'OHADA des télécoms (Organisation pour l'harmonisation en Afrique du froit des affaires)" vient de recevoir un renfort de poids en la personne de Brigitte Girardin, Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie annonçant officiellement le soutien de la France au projet.

Un marché en retard et très disparate

L'Afrique accuse une "fracture numérique" importante, en particulier concernant l'Internet. Une seule fibre optique draine le continent, le câble sous-marin SAT3/WASC/SAFE qui part de Lisbonne et court jusqu'en Malaisie, longeant la côte atlantique pour se jeter dans l'océan indien par l'Afrique du Sud. Conséquence : pas ou peu d'accès au haut débit car la bande passante est insuffisante. Et de fortes disparités : les pays côtiers disposent de plusieurs centaines de Mbits/s, contre quelques dizaines pour les pays enclavés desservis par des liaisons satellites et seulement 2 à 4 Mbits/s pour le Burundi ou le Tchad, soit l'équivalent de la bande passante de quelques abonnés à l'ADSL en France !

En corollaire, le prix. Les pays éloignés des côtes utilisent les liaisons V-SAT coûteuses pour leurs connexions. Résultat : peu de cybercafés, de services d'hébergement de sites Web ou de boîtes e-mail. De façon générale, du fait de la faiblesse des infrastructures et du manque de concurrence dans un secteur fortement tenu par des opérateurs historiques, la bande passante est chère. Le Mbit/s se paye plusieurs milliers d'euros par mois dans la plupart des pays d'Afrique alors qu'il coûte à peine 10 euros pour un particulier abonné à l'ADSL en Europe et est presque gratuit aux Etats-Unis. Quand on sait qu'au-delà de 450 euros par mois pour un Mbit/s, l'Internet n'est plus considéré comme un outil du développement durable, on se rend compte que le chantier est vaste.

Vers une harmonisation réglementaire

La réglementation est l'un des moyens pour donner confiance aux investisseurs et aux industriels et, à terme, résoudre ces problèmes. On a vu, avec l'exemple européen, qu'elle est un facteur d'amélioration de la qualité tout comme l'ouverture des marchés a permis, via la concurrence, une baisse des prix et une accélération de l'innovation.

Lancé lors du Sommet de la Francophonie de Ouagadougou en novembre 2004, ce chantier à l'initiative de l'UNIDA (Association pour l'unification du droit en Afrique) et sous l'égide d'Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation de la francophonie, vise donc à harmoniser les réglementations nationales, dans un premier temps au sein de l'Afrique noire francophone. Dans l'esprit, le travail s'inspire de ce qui a été fait pour le droit des affaires OHADA, qui a standardisé les lois et règlements pour simplifier et sécuriser les échanges économiques dans la zone.

Concrètement, il s'agit en quelque sorte d'"inféoder" les structures actuelles de régulation et de mieux définir leur rôle. Les ministres des télécommunications seront le point central dans l'orientation et la mise en place d'une réglementation unique, ainsi que dans l'élaboration de son contenu. Les règles instituées seront directement applicables aux Etats membres. Un appel d'offre a été ouvert en vue d'une étude détaillée des dispositions existantes dans chaque pays concerné. Les résultats permettront d'appréhender les transformations juridiques nécessaires.

On espère réduire l'hétérogénéité des situations, sachant qu'en matière de télécoms les aspects juridiques et techniques sont souvent étroitement liés en raison de l'évolution et de la convergence des nouvelles technologies. Quelques exemples : le rôle des régulateurs dans la résolution des conflits entre opérateurs doit être harmonisé ; le statut des FAI, très disparate d'un pays à l'autre (il y en a plus de 40 au Mali, 15 au Sénégal et un seul en Centrafrique) nécessite d'être harmonisé et libéralisé; la voix sur IP, interdite encore dans une majorité de pays (l'Afrique du Sud ne l'a autorisée qu'en février de cette année !), doit être largement ouverte…

Un chemin encore long malgré les soutiens

Théoriquement, un traité verra le jour pour le sommet de la francophonie en 2006. Mais le chemin risque d'être long. Le processus n'a pas véritablement commencé, même si les soutiens en Afrique et en Europe sont nombreux (ACP numérique (Afrique-Caraïbes-Pacifiques), CIAN (Comité français des investisseurs en Afrique)… et si des initiatives ont été lancées par des accords régionaux ou avec l'aide de l'ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) et d'organismes internationaux tels que l'IUT et la Banque Mondiale.

"Une première étape consistera en un accord entre les ministres de certains pays africains francophones pour lancer le processus, insiste Jacques Blanché, expert (ex-Alcatel) désigné par le CIAN pour aider au lancement du projet. Il est indispensable que les acteurs africains participent dés le début à ce processus ! Cette démarche est nécessaire pour éviter que la fracture numérique actuelle ne devienne quasi-définitive" alerte l'expert.

Car les freins pourraient être nombreux : mutation complexe des réseaux (de la commutation par circuits vers la commutation par paquets), crainte des opérateurs historiques ne maîtrisant plus le marché, réticences à l'évolution, barrières aux nouveaux entrants… Le tout dans un contexte radicalement différent de celui maîtrisé en Europe : l'existence de nombreuses zones rurales le plus souvent très étendues change la notion même de "Service Universel", qui est in fine le but recherché.

Agence Tech&Co

Les moteurs de recherche à l'ère du marketing scientifique

D’un côté un algorithme qui intéresse les physiciens. De l’autre un logiciel d’intelligence artificielle.... Que ce soit Google ou Accoona, serait-on entré dans l’ère du marketing scientifique de la part des moteurs de recherche en quête d’une nouvelle légitimité ?

Baisse de pertinence sous le poids des index, procès pour cybersquatting, fraude aux clics ou « blacklistage » sauvage : malgré un vrai succès économique, les moteurs de recherche ont besoin d’un second souffle. C’est peut-être sur le terrain du « progrès scientifique » qu’ils pourraient se refaire une virginité.

Google fait en effet l’objet de travaux dépassant le cadre de l’Internet : largement diffusé parmi les chercheurs, intelligemment publié dans des revues primaires, son algorithme acquiert une aura qui renforce sa crédibilité. Le nouveau venu Accoona se place aussi sur ce terrain ; criant haut et fort que l’intelligence artificielle est l’avenir du search, il affiche sa différence scientifique. Tous deux exploiteraient-ils un nouveau filon marketing ?

Le PageRank fait des découvertes

L’info témoigne de la puissance de l’algorithme de classement de Google : selon un article publié dans la très sérieuse revue Physics au mois d’avril, le moteur vedette serait tout simplement un nouvel outil pour mesurer… l’intérêt d’une découverte !


En deux mots, la communauté scientifique a pour pratique d’évaluer l’importance d’un travail publié lors de sa sortie, par le nombre de citations dont il fait l’objet dans d’autres articles. Cette technique de comptage manuel, qui aboutit à des indices, n’est pas infaillible : certains « papiers » majeurs ont pu être longtemps « oubliés ».

Pour « déterrer » de telles perles, des chercheurs ont appliqué la formule du « PageRank » du moteur de recherche (PR) à la totalité des articles de Physical Review et de leurs citations pendant dix ans, représentée comme un réseau de « nœuds » et de « liens » (respectivement les articles et les citations entre articles). L’algorithme de Google semble plus puissant et plus adapté que la méthode classique. Par exemple « Photon correlations », publié en 1963, se trouvait enfoui dans la littérature avec un indice de citation faible, bien que couronné par un Prix Nobel ! Il vient d’être retrouvé grâce à son PR très élevé. Google pourrait ainsi devenir un nouvel outil très utile à la communauté scientifique pour ne rien laisser passer des travaux majeurs.

L’intelligence artificielle classe mieux

Accoona joue aussi la carte de la science, « pionnier dans l’usage de l’intelligence artificielle appliquée à la recherche d’information » selon ses dirigeants. L’« IA » concerne la sémantique. « Nous favorisons le sens des mots, ce qui rapproche notre système du cerveau humain » explique Steven Schwartz, CTO. Le moteur essaie en effet de comprendre la requête d’un internaute en considérant bien sûr les mots clés saisis, mais aussi en élargissant de lui-même aux mots apparentés tels que synonymes, éponymes et autres antagonymes…

Accoona s’est adjugé la collaboration des deux champions d’échecs russes Anatoli Karpov et Garry Kasparov pour développer (et promouvoir) sa technologie. « Je participe à la recherche en tant que testeur actif en soutien des équipes. Mon expérience des échecs, science où le raisonnement peut être parfaitement modélisé et en permanence affiné, est un atout précieux pour aider à traduire de façon formalisée les étapes d’un raisonnement. » m’a confié dernièrement Anatoli Karpov. Résultat, les liens relatifs aux mots apparentés sont affichés dès les premières pages. « De tels liens, bien que pertinents, n’apparaissent pas chez les autres moteurs de recherche ! »

Google qui passe du rang d’outil de recherche à celui d’outil « pour la recherche » ; Accoona qui crée une différence bien réelle par l’intelligence artificielle… La science, caractérisée par sa modestie, son désintéressement et sa remise en question permanente, est synonyme de progrès dans l’esprit commun : le marketing scientifique façon Google et Accoona pourrait apporter à cette industrie un petit supplément de fraîcheur.

Michel Fantin
Directeur de Tech&Co

"Google m'a tuer"

Qui a marqué 2005, et qui marquera 2006 ? Google bien sûr ! Le moteur de recherche avait démarré l'année 2005 en trombe après une entrée en bourse dont le succès s'est confirmé, pour la terminer en demi-teinte. Procès pour détournement de marque, accusations de violation de la vie privée, Google commençait déjà à susciter des polémiques. Avec le "grand ménage" réalisé dans son index il y a deux ans, le numéro un mondial des moteurs de recherche avait provoqué l'inquiétude. Certes, Google explose ses résultats financiers, prouvant ainsi la suprématie des liens sponsorisés malgré les interrogations provoquées par la fraude aux clics. Mais à l'heure où les gouvernements européens ont pris conscience de l'importance stratégique de la recherche d'information, le moteur américain est au centre de nombreux débats parce qu'il est devenu un symbole cristallisant les anxiétés de l'Internet actuel.

Un des meilleurs moteurs de recherche au monde...

Rappelons avant tout que Google, avec plus de soixante dix millions de visites quotidiennes rien qu'aux Etats-Unis, est l'un des meilleurs moteurs de recherche au monde. A l'origine du service en 1998, les deux étudiants géniaux Sergey Brin et Larry Page ont proprement révolutionné la recherche sur Internet. En faisant entrer la dimension qualitative dans le classement (la "popularité"), ils sont allés beaucoup plus loin que les autres moteurs qui se contentaient de reconnaître des mots-clés au sein des sites Web. Bien qu'il ploie sous la masse croissante de la Toile, Google reste aujourd'hui un excellent outil qui fait tout son possible pour préserver la qualité du contenu au bénéfice des internautes.

Résultat : en France il recueille aujourd'hui sept recherches sur dix, quand Yahoo n'en reçoit que deux. Priorité à la pertinence des réponses, enrichissement des informations par l'emploi de services publicitaires ciblés (annonces contextuelles), simplicité d'utilisation, design dépouillé… Google a tout compris du Net. Et les centaines d'ingénieurs qui travaillent à Mountain View en Californie semblent avoir une capacité d'innovation inépuisable. Jusqu'ici, donc, le pari est gagné : fournir une vraie utilité et afficher une très bonne rentabilité économique tout en conservant une image "amicale", vestige des années start-up.

...mais dont la position dominante réveille les craintes

Pourtant le moteur ravive de vieilles craintes. Dernier épisode spectaculaire des démêlés de Google : l'histoire du "référenceur déréférencé". A l'automne dernier, plusieurs sociétés en France chargées d'aider les sites Web à se classer dans les résultats de recherche ont disparu du jour au lendemain des listes du moteur. Tout un symbole ! L'avenir dira qui, de Google ou des référenceurs, a raison. Mais ce n'est pas une première, de nombreux sites ayant connu les mêmes déboires aux Etats-Unis ou en Allemagne. Et le "ménage" inquiète : opacité et manque de dialogue sont de plus en plus souvent reprochés au moteur, notamment dans la presse.

Ces récriminations viennent s'ajouter à d'autres. Google gagne quelques procès, comme à Hambourg où la cour a rejeté une plainte pour détournement de marque par une société utilisant le nom d'un concurrent dans ses résultats publicitaires. Mais il en perd aussi beaucoup, obligé récemment de dédommager ses clients de quelque 90 millions de dollars de clics fraduleux. Quant à la messagerie Gmail, malgré son caractère novateur avec des services publicitaires liés aux mots utilisés par les Internautes, elle a dû corriger le tir face aux associations de consommateurs l'accusant d'utiliser abusivement des informations privées. Bref, huit ans après sa création la start-up géniale et adulée risque de revêtir, si elle n'y prend garde, les habits du géant monopolistique.

Très jeune, Google pourrait accumuler les défauts des dinosaures d'une ère industrielle reculée. Quel paradoxe : avec son succès d'audience, Google se trouve en situation de position dominante, disposant du "droit de vie ou de mort" sur un site en décidant ou non de l'indexer. Le surdoué du Net transfiguré en Big Brother ? A tout le moins, le moteur californien démontre que les technologies de la communication peuvent engendrer en très peu de temps des comportements hégémoniques et anti-pluralistes inimaginables dans l'économie traditionnelle ou même dans l'informatique. Six ans seulement, et un nouveau Microsoft est né !

Vers une nouvelle concurrence
Microsoft, justement. En attendant que voit le jour le projet de moteur de recherche franco-allemand Quareo porté sur les fonds baptismaux il y a un an par MM Chirac et Schröder en personne, c'est peut-être par lui, le colosse devenu challenger, que viendra le salut.

Google va devoir composer avec le géant de Redmond qui investit un milliard de dollars (soit six mois de chiffre d'affaires de Google) dans le développement de son nouveau MSNSearch. Et Microsoft hâte le pas. Sa nouvelle plate-forme de mots clés Moonshot a été lancée pour vendre des liens sponsorisés concurrents directs des AdWords.

Agrémentée d'un outil de gestion de la relation client au service des annonceurs, cette solution voit le jour alors que MSN testerait un nouveau comparateur de prix … Contre qui ? Froogle, de Google ! Réjouissons-nous de cette nouvelle concurrence. Elle devrait être vertueuse et permettre, espérons le, de ne jamais écrire : "Google m'a tuer…"

Michel Fantin
Agence Tech&Co